Festival des 4 écrans: faut-il avoir peur des images?
J'ai assisté vendredi 28 septembre à la Bibliothèque nationale de France à deux conférences proposées dans le cadre du Festival des 4 écrans. C'était passionnant.
Le matin, Jean-Noël Jeanneney, ancien président de la BNF et ancien ministre de François Mitterrand, a parlé pendant plus d'une heure sur le thème: "Images, mensonges et Démocratie". Selon lui, le grand ennemi, c'est le vrac et il a cité cette jolie phrase de Cyrano: "Toute en touffe et rien en bouquet". Décidément très en verve, il a cité René Char: "Quand tout se voit, rien ne vaut". Après avoir traversé l'histoire remontant jusqu'aux les sources de la méfiance à l'égard de l'image (depuis les iconoclastes contre les iconodulles au VIIème siècle) jusqu'à nos jours, en passant par les philosophes des lumières pour qui "les images nourrissent l'obscurantisme des foules", il a rappelé la nécéssité du temps de la réflexion en politique. Une réflexion que devrait méditer les Sarkozy et consorts, tellement occupés à courir après l'actualité de l'émotion. Jorge Semprun, qui lui succédait, a insisté sur la nécessité de sans cesse décrypter les images.
Cette conférence avait le mérite de rappeler qu'une image peut dire tout et son contraire. Ou plutôt qu'on peut lui faire dire n'importe quoi.
À l'appui, citons le documentaire de Chris Marker sur l'URSS, intitulée Lettres de Sibérie (1958), dans lequel les mêmes images urbaines supportent trois commentaires très différents que je reproduis ici:
Le matin, Jean-Noël Jeanneney, ancien président de la BNF et ancien ministre de François Mitterrand, a parlé pendant plus d'une heure sur le thème: "Images, mensonges et Démocratie". Selon lui, le grand ennemi, c'est le vrac et il a cité cette jolie phrase de Cyrano: "Toute en touffe et rien en bouquet". Décidément très en verve, il a cité René Char: "Quand tout se voit, rien ne vaut". Après avoir traversé l'histoire remontant jusqu'aux les sources de la méfiance à l'égard de l'image (depuis les iconoclastes contre les iconodulles au VIIème siècle) jusqu'à nos jours, en passant par les philosophes des lumières pour qui "les images nourrissent l'obscurantisme des foules", il a rappelé la nécéssité du temps de la réflexion en politique. Une réflexion que devrait méditer les Sarkozy et consorts, tellement occupés à courir après l'actualité de l'émotion. Jorge Semprun, qui lui succédait, a insisté sur la nécessité de sans cesse décrypter les images.
Cette conférence avait le mérite de rappeler qu'une image peut dire tout et son contraire. Ou plutôt qu'on peut lui faire dire n'importe quoi.
À l'appui, citons le documentaire de Chris Marker sur l'URSS, intitulée Lettres de Sibérie (1958), dans lequel les mêmes images urbaines supportent trois commentaires très différents que je reproduis ici:
- Iakoust, capitale de la République socialiste soviétique de Yakoutie, est une ville moderne, où les confortables autobus mis à la disposition de la population croisent sans cesse les puissantes Zym, triomphe de l’automobile soviétique. Dans la joyeuse émulation du travail socialiste, les heureux ouvriers soviétiques, parmi lesquels nous voyons passer un pittoresque représentant des contrées boréales, s’appliquent à faire de la Yakoutie un pays où il fait bon vivre !
- Iakoust, à la sinistre réputation, est une ville sombre, où tandis que la population s’entasse péniblement dans des autobus rouge sang, les puissants du régime affichent insolemment le luxe de leurs Zym, d’ailleurs coûteuses et inconfortables. Dans la posture des esclaves, les malheureux ouvriers soviétiques, parmi lesquels nous voyons passer un inquiétant asiate, s’appliquent à un travail bien symbolique : le nivellement par le bas !
- A Iakoust, où les maisons modernes gagnent petit à petit sur les vieux quartiers sombres, un autobus moins bondé que ceux de Paris aux heures d’affluence, croise une Zym, excellente voiture que sa rareté réserve aux services publics. Avec courage et tenacité, et dans des conditions très dures, les ouvriers soviétiques, parmi lesquels nous voyons passer un Yakoute affligé de strabisme, s’appliquent à embellir leur ville, qui en a besoin.
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